Le chemin de biche de Bruyère 

Lorsque vous arrivez à Bruyère, c’est que vous avez passé le chemin de terre et ses ornières et que votre voiture est bien décorée. Chaussez de bonnes chaussures étanches, les chemins intéressants ont été détruits et les ornières laissées par les machines de chantier sont plutôt profondes par endroit.

Je vous invite à prendre le chemin réparé à neuf, qui continue tout droit, en quelque sorte, le chemin ouvert à la circulation; il monte de suite assez raide. Ici les bordures ont été préservées, sans doute car il n’était pas possible de remonter de la terre sur les bords sans tout se prendre sur la figure, ou alors déclencher un glisssement sur le chemin du Ruisseau des Chaudères, en contre-bas. Mis à part les vélos électriques qui vous dépasse à vive allure, vous allez rentrer quelques minutes dans un monde en dehors du temps, encore préservé pour quelques mois. De suite des talus assez raides guident vos pas. Gayanne et Lumina connaissent le chemin et passent devant. 

Arrivées au bas du défilé de molasse, il faut prendre le chemin de biche qui monte à droite. Attention, il est parfois glissant, il passe à pic des falaises. A éviter avec des chiens turbulents ou si vous avez le vertige. Ce chemin nécessite un pied sûr et une approche respectueuse de la nature. Il ne fait que 300 mètres, mais ici vous ne croiserez pas de cyclistes.

Rapidement, des racines de pin forment un petit escalier qui facilitent l’ascension. A peine arrivée en haut, Lumina s’enfile dans le terrier de renard déserté, Gayanne attend au pied de la souche, au sommet de l’escalier naturel, et me regarde avancer lentement en m’aggrippant aux racines. On arrive sur un petit replat  qu’il faut suivre sur une centaine de mètres, qui serpente dans les arbres, à mi coteau. Puis divers chemins s’offrent à vous, prenez le chemin central. Celui de droite vous amènera au pied de la failaise côté Ruisseau des Chaudères, celui de gauche vous amènera en haut du défilé. La montée est assez rude, et les chiennes furètent et suivent les pistes de renards. Lorsque vous arrivez tout en haut, le chemin se dessine entre des arbres centenaires de diverses espèces; je n’en ai jamais vu autant qu’en cet endroit coupé du temps. Marchez lentement, observez. Si vous avez des chiens gardez les près de vous. Sur votre droite, la falaise de molasse se dévoile en contre-bas. Une dizaine de mètres. Une colonie de renard a habité le site à mi-pente, mais il est maintenant déserté. Plusieurs points d’observation vont s’offrir à vous. Il y en a un tout en mousse, confortable, qui vous permet de vous assoir et de regarder le paysage de la forêt de Berley maintenant ravagée par l'homme et la maladie. Descendez votre regard, si vous n’avez pas le vertige, observez les plantes qui tapissent le sol vers le vide: de la bruyère ! Cest le seul endroit où j’en ai trouvé dans cette forêt, au pied du merisier et des pins qui s’accrochent de toutes leur forces. Il y en a de moins en moins, et je ne sais pas combien de temps elle va rester.

On poursuit le chemin tout en longeant la falaise, il y a un promontoire de pierre et de mousse juste au dessus de l’ancienne colonie de renards. 

Pour la suite du chemin, c’est plus compliqué. Il n'y a plus de chemin, plus que quelques arbres, et des tonnes de déchets qui vous empêchent de passer. Tout a été détruit par une coupe de destruction en décembre 2019. Heureusement, les machines ont peur du vide, et il semble qu’il y ait moins de déchets le long de la falaise que sur le reste de la parcelle. Ce qui m’embête le plus, c’est que ces masses de déchet végétaux qui sont fort utiles pour toutes sortes d’espèces, le sont aussi pour les tiques qui se sont multipliées et qui atteignent des concentrations que je n’avais jamais observées auparavant dans cette forêt.

Je prends encore le chemin de biche de Bruyère, et à chaque passage, quand j’arrive au lieu de destruction, j’essaie de dégager l’ancier chemin sur quelques dizaines centimètres. J’espère arriver à le dégager entièrement d’ci une année. D’autres m’aideront-ils ? 

Si vous suivez mes pas je vous en prie, ne détruisez pas ce petit bout de chemin, retenez les chiens qui grattent le sol. A chaque passage, je replace les mottes de terre et de mousse pour que ce petit bout de rêve reste une réalité.


     © Colette Pillonel 2017