Le chien vert

Lorsqu’il sortit du bas côté du chemin, je partis d’un éclat de rire. Mon rire venait de loin, de très loin, du cœur.

- ça c’est un garçon, dis-je à Gayanne qui continuait son chemin sans se soucier de ce chien vert qui la suivait.

Bien sûr, il se secoua tout près de moi, et je reçu quelques gouttes de ce délicieux cocktail jusque sur mes joues. Mais je n’en pouvais plus de rire. Je riais toute seule, au milieu de la campagne bourguignonne, entre chiens et loups. Je riais avec pour seule compagnie un chien noir qui montrait son sourire berger d’un blanc éclatant à un chien vert. D’un vert anglais –si l’on peut dire - presque palpable jsuque dans son odeur.

Le chien vert haletait, tournoyait autour de Gayanne comme une abeille autour d’un pot de miel. Il haletait si fort que le bruit de sa respiration couvrait tous les bruits de la campagne et nous accompagnait dans notre marche, bruit métallique d’un cerbère infernal.

Le chien vert me faisait toujours rire. Chacune de ses pirouettes me rattachait à ce chemin que je foulait mécaniquement, chaque grognement de Gayanne me reliait solidement à cette terre. Et nous avancions dans le crépuscule. Le chien vert plongea à nouveau dans le purin qui bordait le chemin, et le cirque reprît, sa couleur verte toute rafraîchie. Et le cirque continua.

Après quelques kilomètres, il trouva une flaque plus claire et s’y plongea. Il en ressorti vert, vert de gris et sable vert, dégradé vers le bas.

En rentrant, j’appelai notre hôtesse qui recevait d’autres invités dans sa maison. Elle ne s’inquiéta pas vraiment, pensa un moment mettre le chien vert dégradé dans la fontaine puis y renonça, pensant à juste titre que Gipsy (le chien vert) ne voudrait certainement pas y plonger volontairement. Le chien multicolore fût exclu de la salle à manger, mais il réussit tout de même à y rentrer par la petite porte. Il se mit en face de la porte où Gayanne attendait. Puis il rejoignit sa place, à la cuisine, traînant derrière lui une odeur épouvantable .

Tout le monde regardait le match de la finale de l’Euro. L’irruption du chien me donna une bonne excuse pour m’éclipser et rejoindre ma chambre dans laquelle je me sentais si bien. Après avoir estimé la longueur des lits et nous être attribués nos lieux de couchage respectifs, nous nous allongeâmes. Les discussions durèrent jusqu’à pas d’heure, puis Dominique entreprit une chasse aux moustiques qui dura jusqu’au petites heures. Muni d’un coussin, il étouffait et assommait ces pauvres bêtes au plafond. Comme le plafond était au moins à trois mètres cinquante, il devait lancer le coussin. Chaque lancer était accompagné d’une pouffée de rire. A chaque mouvement dans la pièce, nous entendions le chien vert qui gnioussait derrière notre porte.

Puis la fatigue nous rattrapa et le chien vert rejoignit les limbes.

Au matin, il avait disparu.

     © Colette Pillonel 2017